Le salaire de la peur

LeSalaireDeLaPeur-Hactivateurs

Il est peut-être exagéré de s’appuyer sur le film d’Henri-Georges Clouzot, « le salaire de la peur » pour introduire le sujet de la peur du « Corporate Hackeur » ou de l’intrapreneur, mais cette image présente le mérite de relativiser nos peurs et c’est l’objectif de cet article. En effet, dans ce film, Mario, Jo, Luigi et Bimba, sont missionnés pour transporter 400 kg de nitroglycérine sur les routes tortueuses et délabrées d’Amérique du sud. La situation doit être assez rare dans nos grands groupes, certes, mais la panique d’un des personnages – Jo – peut nous éclairer. Après une série d’épreuves, Jo refuse la mission et gagne de facto le statut officiel du lâche de cette histoire. Il affirme être payé pour avoir peur! Ce qui fera le titre du film et bien sûr du roman dont il est tiré.

Sommes-nous payés pour avoir peur ?

Rien dans nos contrats ne justifie le fait d’avoir une peur qui nous tiraille soit de manière permanente, soit dans des moments plus ponctuels parce que l’on présente notre projet – ou ses mauvais résultats – devant un hiérarchique ou parce que l’on voit que notre service a un déficit de performance et aura du mal à atteindre ses objectifs cet année. Et pourtant, et pourtant… La peur, la trouille ou la pétoche, quel que soit son nom, est omniprésente dans nos entreprises. Elle interfère avec notre capacité à prendre des décisions. Elle nous fait aussi perdre le contrôle de nous-même et elle intervient à tous les niveaux. Elle peut être provoquée par une situation, par individu ou par un groupe d’individus. Elle n’a pas que des effets négatifs car parfois elle nous grise et elle éveille nos sens.

Et pour l’intrapreneur ou le « Corporate Hackeur » ?

Les questions qui reviennent de manière récurrente dans le cas de l’intrapreneur ou du « Corporate Hackeur », qui ont pour pratique de jouer avec les limites de l’entreprise, sont :

Comment faites vous pour oser ? N’avez vous pas peur ?

On pourrait répondre oui ou non mais ce serait un peu trop rapide. De quelles peurs parle-t-on ? Peur d’être jugé, peur de mal faire ou de se tromper, peur de la hiérarchie ou des collègues, peur de se faire virer ?

La peur d’être jugé

Si vous faites évoluer vos entreprises ou si vous adoptez une façon de faire différente de la norme locale : il va exister 3 catégories de personnes, ceux qui vous féliciteront, ceux qui vous trouveront cavalier et les indifférents.

La peur de faire mal ou de se tromper

Si vous expérimentez de nouvelles approches, autrement dit, si vous faites quelque chose pour la première fois , il est fort probable que vous fassiez mal ou que vous vous trompiez. C’est inhérent au protocole d’apprentissage que vous mettez en œuvre. Souvenez-vous :

FAIL =  First Attempt In Learning

Ces deux premières peurs sont moins anxiogènes dans un cadre expérimental ou plus simplement quand vous réalisez des maquettes ou des essais. Si ces peurs persistent malgré la pratique, vous pouvez aussi aider un Hackeur ou intrapreneur plus aguerri que vous,  ou sinon consultez :).

La peur de l’incertitude

Effectivement, expérimenter, lancer un collectif dans l’entreprise ou goûter à l’aventure de l’innovation représentent des actions à forte incertitude. Et oui,  tout ce qui nous entoure n’est pas contrôlable et c’est ce qui est magique et qui stresse nos entreprises. Sur ce plan vous devez apprendre à être ambidextre. Il y a des projets planifiables et d’autres non. Une approche salvatrice et dé-stressante est celle des petits pas. Elle consiste à faire des micro investissements sur les actions risquées, de façon à ne pas perdre grand chose si l’on échoue. D’autant plus quand l’action est courte et frugale, qu’elle passe sous le radar et qu’elle est aussi accessible par tous.

La peur de la hiérarchie

Et oui, il y en a qui font peur. On peut déjà s’étonner de cette situation : est-ce normal d’avoir peur au delà de la stimulation ?

Mais sur cette peur il y a une grande quantités d’options possibles que l’on peut considérer comme peu anxiogènes pour des Hackeurs ou intrapreneurs débutants.

  • Si vous n’êtes pas obligé de demander l’autorisation ne le faites pas ! Surtout quand vous recevez l’injonction : allez, prenez des initiatives. Par contre présentez votre action quand elle a réussi et pas dans les phases correctives.
  • Trouvez des alliés. A plusieurs c’est plus facile à porter et le nombre permet aussi de déminer les objections de vos détracteurs de manière efficace. L’intelligence collective c’est possible !
  • Découpez votre action en petites actions plus admissibles.

Trois petits points pour vous expliquer que cette liste dépend de vous et que si vous faites jouer votre créativité vous trouverez des voies de contournements en grand nombre.

La peur d’être viré

Celle-là elle fait peur ! Et bien oui, nous avons un crédit, une famille. Être viré serait un drame.  Franchement connaissons-nous beaucoup d’exemples de personnes virées parce qu’elles ont travaillé sur une de leurs initiatives ?

Monsieur le juge, ce salarié a été irresponsable : il a cherché à expérimenter, sans autorisation, une nouvelle méthode pour améliorer la rentabilité de l’entreprise !

Sur ce point il doit, bien sûr, exister des exceptions. Il faut être conscient, tout de même, que « virer » en France n’est pas chose aisée et surtout sur des motivations aussi faibles. Ensuite,  il faut aussi être clair avec soi-même. Il faut être responsable dans ses actions et être très clair sur leurs motivations. Si vos actions sont argumentées en fonction de valeurs créées pour l’entreprise et que vous ne franchissez pas de limites légales, le risque est très limité voire inexistant. Maintenant être viré d’une entreprise qui ne vous laisse pas expérimenter, faire des erreurs ou apprendre, serait-elle une mauvaise chose ?

D’un point de vue général

Pour résumer cet article et aussi donner une approche assez efficace pour contrer ces peurs, on peut affirmer que ces peurs ne sont pas très rationnelles même si l’on ne peut pas nier leurs existences. Il existe un niveau de peur qui est constructive (stress positif, adrénaline) et la ressentir n’est pas un drame et est souvent preuve que vous faites quelque chose qui change la donne dans votre entreprise. Et il y a une part de peur inhérente à la responsabilité, qui, quand elle est maîtrisée, se nomme simplement le doute.

Maintenant se laisser envahir par la peur au point de n’être plus en capacité de proposer de nouvelles idées, des façons de faire évoluer votre travail ou innover n’est pas admissible. Évacuer cette peur paralysante n’est pas simple mais on peut remplacer ces peurs par d’autres qui iront dans le sens de votre envie.

Vous pouvez en effet remplacer :

  • La peur d’être jugé par la peur de ne pas créer de la valeur,
  • La peur de l’incertitude par la peur de ne rien faire,
  • La peur de vous tromper ou de mal faire par la peur ne plus apprendre,
  • La peur de la hiérarchie par peur ne pas exprimer vos talents,
  • La peur d’être viré par la peur de perdre le sens.

 

 

 

Appel du 18 juin: Hacktivation générale

Un petit hommage à la sauce Hacktivateurs à cette date historique du 18 juin… Et si nous faisions preuve du même engagement pour changer nos organisations:

Sans nous prendre au sérieux voici un appel à l’hacktivation générale. Twittez l’article ou la vidéo avec le hashtag #HacktivationGenerale si notre démarche a du sens pour vous.

Corporate Hacking: Commencez par le Why

On peut parler Corporate Hacking pendant des heures, se réjouir d’avoir fait bouger les lignes ou d’avoir gagné le droit d’expérimenter dans de bonnes  conditions dans nos entreprises, on peut traiter de la technique et des méthodes (on le fera dans les prochains articles) mais ce serait passer à coté de l’essentiel: le sens de votre action.

Parlons de votre Why et de votre motivation. Si vous connaissez Simon Sinek,  je n’aurai pas à vous en convaincre. Et si vous ne le connaissez pas encore, sachez que vous avez besoin d’être au clair avec vous-même avant de faire évoluer la culture de votre entreprise et ce, pour plusieurs raisons.

La première des raisons est que, si vos actions ont du sens, vous serez motivé (et vous en aurez besoin). On sait bien que la motivation intrinsèque est un carburant beaucoup plus puissant que les autres!

N’oublions pas non plus que bien connaitre son but et son objectif aide à définir une stratégie. L’analogie du coureur se pose bien comme exemple : on ne fera pas la même course sur un marathon selon qu’on cherche juste à le terminer ou à obtenir un chrono (bien qu’on cherche dans les deux cas a depasser ses limites). Il  en ira de même pour votre hacktion en fonction de votre objectif a court  ou  long terme.

Ensuite, le sens de vos actions et votre motivation, vous donneront une capacité d’entrainement. Ceux qui partagent le sens de votre action, seront tentés de vous suivre.

Votre mission statement (ou profession de foi) est analogue à un pitch business. Ce petit texte très court, exprimé avec la force de la conviction, est un média puissant pour communiquer son enthousiasme et donner envie.

Voici un outil qui vous aider à formuler cette quête de sens :

MissionStatementHacktivateursTéléchargez l’image

Même si j’insiste sur le fait que ce travail est d’abord à faire par vous et pour vous, je partage la première version de mon mission Statement personnel. Tout simplement pour que vous ayez un exemple et qu’il n’y a aucune raison de le garder secret dans mon cas précis.

Avant j’essayais d’appliquer l’ensemble des processus de l’entreprise puis un jour, j’ai vu que les processus et les dogmes dominants freinaient dans certains cas l’innovation. Ce jour-là,  j’ai compris que la sécurisation du business model en cours empêchait la prise de risque et rendait totalement schizophrène le management et l’organisation. Alors j’ai décidé d‘étudier et de définir des dispositifs qui permettent aux entreprises d’expérimenter sans anxiété et aussi de ne plus avoir peur. Depuis, ce qui guide mon action, c’est la valeur (définition étendue) que je suis capable de créer pour mon entreprise et ses parties prenantes et les petits moments de bonheur qui en découlent.

Mon nom de Corporate Hacker est Ackhenaton

Ensuite, je garde les itérations plus récentes pour moi et j’espère que vous saurez pardonner les faiblesses du premier jet. Ensuite pour éviter tout ambiguïté, mon nom de corporate hacker est là surtout pour me rappeler que je ne dois éviter de me prendre trop au sérieux et parce que je l’aime bien.

Maxime et Fabrice

Le Hacking par l’illustration

Certains peuvent voir dans le Corporate Hacking des pratiques très subversives qui vont à l’encontre des interdits les plus profonds de l’entreprise. Il existe néanmoins des initiatives qui peuvent s’avérer efficaces, certes elles peuvent chatouiller mais tout autant provoquer des prises de conscience et générer des effets très intéressants dans l’organisation.

Un exemple simple est d’aider son environnement à assimiler des informations inhabituelles ou jamais prises en compte. Vous pouvez mettre en poster des études externes, réaliser des infographies sur des tendances ou même mettre en évidence les paradoxes de l’entreprise. Nous avons réalisé un poster pour vous permettre de découvrir ou redécouvrir l’étude Gallup sur l’engagement des salariés dans un contexte d’entreprise.

EtudeGallupEnImage

Le poster ci-dessus, qui présente aussi notre ambition en tant qu’Hacktivateurs de promouvoir le Corporate Hacking, révèle aussi quelques détails et principes du corporate hacker.

Nous n’avons pas attendu d’être infographistes pour réaliser cette illustration et nous n’avons jamais travaillé dans la communication. Principe 1 : non respect de la territorialité des compétences (cf Collaboratif en pluridisciplinaire et principe de base des makers).

Le travail que nous réalisé est la transposition des données d’une étude en une mise en scène plus parlante. Principe 2 : tangibilisation et visualisation des idées, changez le média de vos idées.

Ensuite, nous l’avons dessinée avec ce que l’on avait sous la main, ici un powerpoint (hé oui ! avec un peu de photoshop). Principe 3 : Pose-toi la question de ce que tu peux faire avec les moyens existants, le manque de moyens rend ingénieux (cf Effectuation ou comportement Maker).

Puis nous l’avons testée. Nous avons eu des feedbacks qui nous ont démontré que notre production n’était pas parfaite mais nous avons eu une majorité de feedbacks positifs qui prouvaient que le poster marchait suffisamment pour être utilisé et qu’il était accueilli positivement. Principe 4 : Avoir soif de feedbacks et tester en permanence ses idées (Un mix d’ Intrapreneuriat, et du principe de « Fail early, Fail often » du Lean Start up).

On a corrigé immédiatement ce qui était à notre portée, sans remettre au lendemain les correctifs, et surtout nous n’avons pas intégré de refontes trop importantes qui auraient eu comme conséquence de différer l’Hacktion (action de Hacking ). Principe 5 : Le mieux est l’ennemi de l’Hacktion , fait plutôt que parfait !

Phase suivante : implémenter l’agent pertubateur dans l’environnement. Pour cela, imprimez le poster et affichez-le dans votre bureau. Surveillez les réactions, et allez à la pêche des conversations engendrées par ce nouvel élément perturbateur ! Vous pouvez aussi tenter l’affichage sauvage (un peu plus transgressif mais cela peut produire une contre-réaction). Au pire si le poster ne produit pas l’effet escompté, vous n’aurez pas perdu trop de temps et, quoi qu’il en soit, vous aurez créé un poser sympa. Il est possible que vous ayez introduit le virus du corporate hacking dans votre organisation et que l’un de vos colLègues s’accapare votre pratique pour pousser à son tour d’autres messages. Et, si jamais quelqu’un vous en demande un exemplaire, ou que vous le voyez se diffuser dans l’organisation voire à l’extérieur, vous pourrez engager une autre Hacktion !

En résumé, voici les 5 Principes du Corporate Hacking selon les Hacktivateurs 

  • Principe 1 : Ne pas respecter la territorialité des compétences, cassez les silos !
  • Principe 2 : Tangibiliser et visualiser ses idées, changez le média de vos idées
  • Principe 3 : Se poser la question de ce que tu peux faire avec les moyens existants, le manque de moyens rend ingénieux
  • Principe 4 : Avoir soif de feedbacks et tester en permanence ses idées (Un mix d’ Intrapreneuriat, et du principe de « Fail early, Fail often » du Lean Start up).
  • Principe 5 : Le mieux est l’ennemi de l’Hacktion , fait plutôt que parfait !

1, 2, 3 … Hacktion !

7 décembre 2015, 19H00 : sous la verrière de la Pépinière 27, c’est l’effervescence, derniers préparatifs  pour le lancement de l’association « Les Hacktivateurs ». Un peu de stress, beaucoup d’impatience. Notre projet a pris corps. Ça y est, on y est !

19h30 HACKTion ! La salle est pleine, une soixantaine de bougeurs de lignes, d’intrapreneurs et de corporate hackeurs ont répondu à notre appel. Ils ne se connaissent pas forcément, profils très divers, hommes, femmes, parisiens, provinciaux, jeunes et moins jeunes (de 23 à 60 ans). Ils ont en commun   d’expérimenter de nouvelles façons de faire,  d’innover , des tonnes d’idées, de l’impertinence et beaucoup de bienveillance. Et  beaucoup d’humour et d’auto-dérision aussi 😄 !

Promouvoir de nouvelles approches managériales telles que l’intrapreneuriat et le corporate Hacking, libérer les talents, inspirer, rendre visibles les initiatives et leurs bénéfices, voilà ce qui nous rassemble. Nous sommes des praticiens en entreprise,  certains sont entrepreneurs. Notre volonté : créer de la valeur partagée en misant sur l’intelligence collective et le faire.

Les Hacktivateurs seront ce que nous en ferons collectivement, cette soirée de lancement a donc intégré une partie de co-construction autour de :

7 ateliers thématiques

  • Exemples de corporate hacking et d’intrapreneuriat
  • J’attends quoi?
  • Atelier Web
  • Ce que les Hacktivateurs ne sont surtout pas!
  • Mes idées pour l’Asso
  • Ce que je peux apporter
  • Je fais ce que je veux

Beaucoup d’idées, de propositions en sont sorties ! Elles sont en cours de synthèse.

La soirée s’est finie tard, autour d’un verre et de beaucoup d’échanges avec déjà la date de notre prochaine soirée Hacktion : le 11 janvier à Paris.

Merci encore à tous ceux et celles qui sont venus ! Merci pour leur envie et leur enthousiasme, merci aux  premiers Hacktivateurs qui nous ont déjà rejoints, et comme ils l’ont écrit « Il n’y a pas de limites, juste de la bienveillance, de l’espoir pour un monde meilleur » . Alors plus d’hésitation, passons tous ensemble à l’hacktion !!