Comment apporter de l’innovation de rupture dans les entreprises ?

Article original publié sur le site de L:EDigitalab le 13/12/2018: https://www.ledigitalab.com/hackademie/comment-apporter-de-linnovation-de-rupture-dans-les-entreprises/

Ubérisation, disruption. Les mots de la rupture sont sur toutes les lèvres.

Après avoir tétanisé les entreprises, le sujet a même envahi le paysage politique depuis l’élection d’Emmanuel Macron jusqu’au face à face explosif de ces dernières semaines avec les gilets jaunes.

Mais pourquoi les grandes entreprises, qui sont bousculées sur leurs marchés traditionnels, peinent tant à trouver des relais de croissance grâce à l’innovation de rupture ? Et comment aborder ce sujet si on est un intrapreneur ou un corporate hacker ?

Éléments de réponses en trois temps.

Quoiqu’elles en disent, l’innovation de rupture n’intéresse pas vraiment les grandes entreprises

Le phénomène a été analysé par Clayton Christensen il y a 20 ans, mais il reste encore largement méconnu.

Les grandes entreprises ont naturellement tendance à écouter leurs clients qui leur demandent des produits plus performants. Elles sont donc organisées pour proposer de l’innovation incrémentale. Les produits qu’elles proposent sont alors plus chers, ce qui améliore leur marge. Pensez qu’avant les soldes, on devait débourser plus de 1000 euros pour un iPhone X !

Lorsqu’elles recherchent des relais de croissance, elles comparent le marché potentiel avec leur chiffre d’affaire existant. Et elles filtrent donc les opportunités pour ne retenir que les plus importantes, là où elles pourront introduire des produits à forte marge.

L’innovation de rupture ne provient pas de l’écoute attentive des clients

Malheureusement, c’est tout le contraire de l’innovation de rupture qui visent essentiellement des non-clients avec une offre moins performante.

Donc de par leur taille et le poids de leur structure, les grandes entreprises ne sont pas du tout attirées par l’innovation de rupture qui propose un marché hypothétique pour des marges plus faibles.

Ce qui laisse le champ libre aux startups. C’est ce que Clayton Christensen appelle l’asymétrie de motivation.

Asymétrie de motivation et asymétrie de compétence

Le problème, c’est qu’en général, les possibilités techniques évoluent plus vite que les besoins des utilisateurs, donc les startups qui se sont positionnées sur l’innovation de rupture vont graduellement améliorer leur produit jusqu’à venir concurrencer le grand groupe sur son marché traditionnel.

Ca n’est pas en agrandissant la bibliothèque qu’on va concurrencer le numérique !

Et si les startups ont profité de leur croissance pour développer des compétentes uniques, lorsque les grands groupes voudront réagir, il sera trop tard. C’est ainsi qu’Amazon a lancé AWS qui, au deuxième trimestre, a représenté 12% de son chiffre d’affaire et 63% des bénéfices.

Cette asymétrie de compétence vient du fait que l’innovation de rupture modifie en général la chaine de valeur. Netflix, par exemple, s’appuie sur les comportements des abonnés pour proposer du contenu exclusif ciblé alors que les chaines de télévision n’ont qu’une idée très floue du comportement des téléspectateurs.

Comment malgré tout apporter de l’innovation de rupture dans les entreprises ?

Les entreprises sont prises dans une terrible contradiction. Elles savent qu’elles doivent innover et en même temps, elles multiplient les process et les KPI qui découragent toute prise d’initiative. Toutes ? Non, ils restent des irréductibles non déclarés, les corporate hackers, déterminés à faire bouger les choses. Précisons que les corporate hackers détournent des moyens de l’entreprise pour créer de la valeur au-delà de leur mission (lire Corporate hacking: quelques clés pour changer une entreprise de l’intérieur), c’est donc de la déviance positive.

Certaines entreprises favorisent même ces comportements en les encadrant dans des programmes d’intrapreneuriat (lire 3 conseils pour tirer le meilleur d’une expérience d’intrapreneur).

Donc, si vous pensez que votre idée ou votre projet est potentiellement disruptif, voici quelques conseils :

3 conseils pour une idée disruptive
  • Commencez petit. Ne chercher pas à jouer trop vite dans la cour des grands, car ça donnera l’avantage aux marchés connus, donc à l’innovation incrémentale.
  • Faites rapidement du profit. Les premiers clients vont vous donner des retours d’expérience et ensuite vous devrez travailler votre capacité à croître avec de faibles marges. Bien sûr, ça ne tiendra pas compte des coûts de structure qui seront de toute façon trop élevés.
  • Soyez aussi loin que possible et aussi proche que nécessaire. Sachez bénéficier des avantages du groupe tout en vous libérant progressivement de la structure. Ce dernier point est naturellement le plus difficile, et il vous faudra le bon niveau de sponsorship pour le traiter.

J’ai bien sûr conscience que ces quelques suggestions sont largement insuffisantes au regard des enjeux que vous allez rencontrer, aussi n’oubliez pas de vous ménager plusieurs options (Antifragile: 3 conseils pour résister à l’adversité).

Et si vous voulez partager vos doutes et vos succès, vous pouvez rejoindre une association comme les Hacktivateurs, vous serez bien accueillis.

Corporate hacking: quelques clés pour changer une entreprise de l’intérieur

Article original publié le 02/12/2018 sur le blog de Dominique van Deth: https://startups2corporate.blogspot.com/2018/12/corporate-hacking-quelques-cles-pour.html

Un jour, tu te réveilles et tu t’aperçois que tu es un ou une corporate hacker

Ca y est ! Tu tiens une idée et tu es convaincu(e) que ça peut apporter beaucoup à ton entreprise. Ou alors, tu as buté sur ce fameux process assez de fois pour avoir envie de vraiment changer les choses.

Mais pas de chance, tu appartiens à une entreprise qui n’a pas mis en place de programme d’intrapreneuriat. Mon précédent article « 3 conseils pour tirer le meilleur d’une expérience d’intrapreneur » ne te sert donc à rien.

Pourtant, pas question de baisser les bras, tu décides de passer à l’action. Tu ne le sais sans doute pas, mais tu es alors en train de devenir un ou une « corporate hacker« . Le terme peut faire peur, mais c’est seulement pour dire que tu vas détourner des moyens de l’entreprise pour créer de la valeur au-delà de ta mission.

Pas de panique, je suis passé par là (l‘hypercroissance dans un grand groupe: comment faire x10 en un an), donc je vais te donner quelques conseils pour optimiser tes chances de succès.

Avant d’y aller

Au fond de toi, tu le sais, changer les choses va bousculer l’ordre établi. Donc ça va déranger certains équilibres, enlever du pouvoir à quelques-uns, mettre d’autres face à leurs contradictions. Tu vas générer des résistances et il vaut mieux que tu sois bien armé pour résister. Rappelons qu’entreprendre dans un grand groupe, c’est risqué !

  • Pour commencer, je t’encourage à rejoindre une association comme Les Hacktivateurs, ça t’aidera à te ressourcer et à rencontrer des gens qui oeuvrent comme toi à changer les entreprises de l’intérieur. 
  • Si tu ne l’as pas encore acheté, ajoute le jeu « petits hacks entre amis » à ta liste de Noël, il t’aidera à identifier les « hacks » (détournements) possibles pour mener à bien ton projet. 
  • Et puis, relis attentivement 3 conseils pour échapper au burn-out, on ne sait jamais. 

Aller, assez discuté, on y va !

L’effectuation ou comment construire en avançant

Ce qui distingue fondamentalement les corporate hackers des râleurs, c’est qu’ils ne parlent pas de ce qu’il faut faire, ils le font tout simplement. C’est donc, pour reprendre l’image de l’effectuation, qu’ils regardent ce qu’il y a dans le frigo pour préparer le repas plutôt que de faire des listes de courses. Ca tombe bien parce que l’effectuation est efficace justement en situation d’incertitude. 

L’effectuation, je t’en ai déjà parlé (Innover dans un grand groupe: le test de l’effectuation), mais reprenons rapidement les principes: 

L'effectuation t'aidera à faire avancer ton projet dans un milieu contraint
  • « Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras« : dans une entreprise, on a plein de moyens disponibles ou quasi-disponibles. Donc pour avancer sur ton idée, tu fais avec ce qui est à ta disposition. C’est insuffisant pour faire tout ce que tu as en tête, mais ne t’inquiète pas, les autres principes vont t’aider à trouver des moyens supplémentaires
  • « Raisonnement en perte acceptable« : fini le ROI (Return on Investment). Tu identifies le temps et les moyens que tu peux mettre dans le projet. Ce que tu vas en obtenir est largement inconnu, mais comment tu limites ce que tu peux perdre, tu contrôles quand même le risque. 
  • « Patchwork fou« : ton projet va murir et évoluer grâce à l’adhésion de parties prenantes. Des collaborateurs qui partagent ton constat, des responsables qui vont devenir tes sponsors, des clients existants intéressés par ta nouvelle offre. Chacun va apporter sa contribution ce qui va augmenter les moyens tout en partageant les risques et en réduisant l’incertitude. 
  • « La limonade« : si la vie t’envoie des citrons, alors vend de la limonade. Ce précepte incite à tirer parti des surprises, même négatives. Et donc être capable d’ajuster le projet en fonction des succès et des difficultés rencontrées. 
  • « Pilote dans l’avion« : si tu agis pour créer l’avenir, plus besoin d’essayer de le prévoir. Tu dois juste t’assurer que la direction que prend ton projet correspond à tes attentes et tes valeurs.

Voilà l’effectuation brossée à grands traits, si tu veux creuser, visite le blog de Philippe Silberzahn.

L’approche Customer Development

Tu connais peut-être le Business Model Canvas développé par Alexander Osterwalder. Cet outil permet de synthétiser les différents aspects d’un business et peut se décliner à un projet interne. Mais ce qui est vraiment intéressant, c’est de le combiner à l’approche Customer Development proposée par Steve Blank. En résumé, il s’agit de « sortir du bureau » pour aller au devant des clients ou des utilisateurs. 

Tu as alors trois étapes: 

Tester les hypothèses avec l'approche Customer Development de Steve Blank
  • Exposer les hypothèses et évaluer les problèmes des clients cibles
  • Créer un MVP (minimum viable product) et le tester avec des clients
  • Commencer à vendre et vérifier l’équation économique en fonction des différents canaux de ventes

A chaque étape, il te faut créer des situations d’apprentissage où tu es en mesure de tester tes hypothèses. Et rappelle-toi qu’il y a une asymétrie fondamentale (On ne pouvait pas savoir ! L’impact du cygne noir et Antifragile: 3 conseils pour résister à l’adversité): tu peux facilement vérifier qu’une hypothèse est fausse, mais c’est à peu près impossible de vérifier qu’elle est vrai (il faudrait tester intégralement tous les cas). 

Pour aller plus loin, tu peux suivre le Mooc « How to build a startup » sur Udacity (oui, c’est en anglais).

Les facteurs clés de succès

Je ne vais pas pouvoir épuiser le sujet, mais voici quelques pistes:

  • Travaille en groupe: ça devrait être évident si tu mets en oeuvre le « patchwork fou », mais c’est tellement important que je le répète ici. Ca limite le temps que tu consacres au projet, tu multiplies les possibilités de soutien, et puis c’est plus motivant.
  • Cherche autant que possible à t’aligner avec la stratégie de l’entreprise: pour que ton projet  aboutisse, il faut que tu trouves des alliés et ça sera quand même plus facile si tu peux remplir des objectifs qui sont cohérents avec la stratégie de ton entreprise. Et si celle-ci n’est pas claire, profites-en pour en discuter avec des dirigeants. Qui sait, ils deviendront peut-être tes sponsors. 
  • Ne tombe pas amoureux de ton idée: normalement, tu as été averti avec la « limonade » et la vérification des hypothèses, mais c’est essentiel. Au besoin, relis Je suis super content, j’ai échoué !

Evidemment, tu ne dois pas d’arrêter aux interdits d’un process. Ni demander la permission au préalable. Au contraire, tu vas utiliser les ambiguïtés des exigences multiples et montrer rapidement des résultats qui vont faciliter l’engagement (« patchwork fou »). Pour ne pas déraper, tu suivras une éthique exigeante et l’alignement avec la stratégie de l’entreprise t’aidera.

Retrouver les autres articles de Dominique van Deth sur son blog: Réflexions sur l’innovation, les startups et l’intrapreneuriat

3 conseils pour tirer le meilleur d’une expérience d’intrapreneur

Article original publié le 26/11/2018 sur le blog de Dominique van Deth : https://startups2corporate.blogspot.com/2018/11/3-conseils-pour-tirer-le-meilleur-dune.html

L’intrapreneuriat est une solution très tendance que mettent en place de plus en plus de grands groupes comme réponse à la nécessité impérieuse d’innover. Chaque semaine, la presse se fait l’écho d’un ou plusieurs programmes lancés en grande pompe. Déjà en 2017, Deloitte indiquait qu’un tiers des entreprises disposaient d’un tel programme. Mais quand on est un salarié motivé, comment savoir si ça vaut le coup de participer ? Dans un précédent billet, je t’avais averti: Entreprendre dans un grand groupe, c’est risqué. Oui, mais ça peut quand même valoir la peine. Alors voici 3 conseils pour t’aider à te décider.

L’intrapreneuriat pour quoi faire ?

Bien sûr, tu le sais, l’intrapreneuriat, c’est entreprendre tout en restant salarié. Et la palette est large entre le micro-projet qu’un collaborateur est encouragé à faire avancer et la démarche de disruption qui va générer dans 10 à 15 ans plus de chiffre d’affaire que le business actuel. Les sondages encouragent d’ailleurs à rester les pieds sur terre: d’après l’étude Pulse-On, seuls 8% des responsables interrogés pensent que l’objectif est de développer le business. Mais ça n’empêche pas aussi d’être ambitieux comme le proposait Grégoire Gambatto lors du petit déjeuner organisé par Abilways Digital sur le sujet (découvre mon compte rendu: les étapes clés de l’intrapreneuriat).

Intrapreneur ou corporate hacker ?

Pour qu’on puisse parler d’intrapreneuriat, il faut que l’organisation favorise la démarche. Bien sûr, on peut avoir un esprit entrepreneur dans une grande entreprise en dehors de tout programme officiel, mais dans ce cas, je préfère parler de Corporate Hacking, c’est-à-dire du détournement bienveillant des moyens de l’entreprise afin de créer de la valeur. 

Naturellement, si tu n’as pas un esprit Corporate Hacker, tu risques de perdre ton temps en postulant à un programme d’intrapreneuriat. Mais tout n’est pas perdu, tu peux encore demander au Père Noël d’ajouter le jeu « petits hacks entre amis » dans sa hotte pour t’exercer. 

Conseil 1: assure-toi d’y gagner même si ton idée n’est pas retenue

Bien vérifier ses motivations avant de s'engager

La plupart des programmes proposent aux participants de travailler sur une idée qui doit ensuite être murie pour être présentée et sélectionnée. C’est dommage car la sélection rend fragile (Antifragile: 3 conseils pour résister à l’adversité), mais c’est comme ça. Donc, regarde bien la manière dont le programme est construit et assure-toi que tu seras satisfait de l’expérience même si ton idée n’est pas retenue. A toi de voir ce qui te motive:

  • Te rendre visible auprès de la direction
  • Rencontrer de nouveaux collègues super motivés
  • Etre au contact de super coachs si c’est prévu avant la sélection
  • Vivre une expérience humaine formidable si ça commence par un hackathon  
  • Acquérir de nouvelles compétences (pitch, sens business, …)

Conseil 2: trouve-toi des soutiens dans les business unit le plus tôt possible

Les collaborateurs ont souvent peu d’expérience sur la manière dont leurs entreprises décident vraiment. Et les critères rationnels sont largement surestimés. Finalement, les personnes qui participent aux comités de sélections sont souvent des dirigeants qui ont des enjeux qui dépassent largement le programme. Ils font ce qu’on appelle vulgairement de la « politique ». D’où l’importance d’avoir un ou plusieurs sponsors opérationnels le plus tôt possible.

D’autant que le programme propose des facilités qui ne durent qu’un temps très limité. Et longue est la liste des projets qui sont arrêtés en sortie d’incubation parce les business units ne veulent pas les reprendre. Un peu comme les POC (proof of concept) proposés aux startups et qui ne débouchent malheureusement que trop rarement sur de l’industrialisation.

Conseil 3: utilise le programme comme un tremplin pour ta carrière

L’erreur ultime, c’est de tomber amoureux de son idée. Ton idée, elle va évoluer au cours du temps. Et même si le responsable du programme ne t’en parle pas tout de suite, ton projet peut être arrêté parce qu’il ne correspond pas à la stratégie du groupe ou parce qu’il est directement en concurrence avec un autre. Il peut au contraire attirer l’intérêt d’un grand patron qui reprendra le projet, ce que tu auras peut-être du mal à accepter.

Profite de l'expérience pour renforcer tes compétences

C’est dommage car c’est la règle du jeu. Seules les startups bootstrap ne sont pas confrontés au problème. Dès lors qu’une startup lève des fonds, le dirigeant sait (du moins je l’espère) qu’il peut être évincé du poste de CEO dans l’espoir de mieux valoriser l’entreprise.

Donc, profite de l’expérience pour acquérir des compétences et renforcer ton réseau. Et regarde les différentes options dont tu peux bénéficier. Dis-toi qu’il n’y a rien d’automatique. Un manager peut être très fier d’avoir un ancien intrapreneur dans son équipe ou au contraire se sentir mis en danger. Et si ton projet n’est pas prioritaire pour l’entreprise mais que tu sens qu’il y a vraiment quelque chose, regarde s’il existe un programme d’essaimage qui pourrait t’aider à continuer ton projet en dehors de l’entreprise.

Retrouvez les autres articles Dominique van Deth sur son blog: Réflexions sur l’innovation, les startups et l’intrapreneuriat

Ça ne marchera jamais ! Ça coûte trop cher ! Survival kit à destination des hacktivateurs

1.      Ça ne marchera jamais

Cette fois ci, vous la tenez cette fameuse idée qui va résoudre le vieux problème que vous vous coltinez à toutes les réunions, et pour lequel plus personne n’a l’espoir d’une quelconque solution. Mais au moment où vous la présentez à vos collègues, ils répondent en cœur  : « ça ne marchera jamais ! »

Mais pourquoi pensent ils TOUJOURS que ça ne marchera JAMAIS ? Parce qu’ils n’ont PAS ENVIE que ça marche.

a.      Vous êtes une exception : la plupart des gens n’ont pas envie que ça change, ils adorent la routine, c’est sécurisant : on sait exactement ce qui va se passer jusqu’à ce soir 18H, et demain, et après-demain, et en 2024.

b.      Le changement, l’innovation, remettent forcément en question la façon dont les choses se déroulent aujourd’hui ; et donc le travail de vos collègues qui pourront vivre votre proposition comme une attaque personnelle

Il faut donc leur donner l’envie d’avoir envie ; comment ? En les associant ! Faites-leur comprendre que leur vraie valeur n’est pas dans leur tâche routinière mais dans leur expertise sur les clients ou sur le produit. Faites-vous en des alliés ; les infos qu’ils détiennent sont vitales pour la réussite de votre projet. D’une part ils vont enrichir votre idée avec leur connaissance terrain et par ailleurs vous réussirez aussi à les valoriser et donc à leur faire tirer leur épingle du jeu. Lorsque votre idée est sur la voie du succès n’oubliez pas de les remercier et de les mettre en avant pour qu’ils soient récompensés de leur prise de risque. Par contre, si vous vous plantez, épargnez les; ils vous seront utiles au prochain coup…

ATTENTION !! Pour ceux que vous ne réussirez JAMAIS à embarquer, et ils existent, veillez à ce qu’ils ne torpillent pas votre projet en sous-marin, vous risqueriez ensuite d’entendre « JE VOUS L’AVAIS BIEN DIT ! »

2.      Ce n’est pas notre core business

A force de vouloir faire plus ou mieux pour leur entreprise, les Hacktivateurs en viennent à « penser hors de la boite » et identifient parfois avec leurs clients des applications nouvelles du savoir-faire de l’entreprise ; hors « core business ».

Il existe de jolis exemples de ces applications hors core business : Xerox est ainsi devenu le leader mondial de la gestion de parking grâce à leur savoir faire lié aux badges et au reporting. En étant à l’écoute du client, en nouant une relation personnelle avec lui on peut trouver l’idée du siècle. J’imagine le commercial de Xerox, qui il y a quelques années, après sa réunion avec son client le plus fidèle l’invite à déjeuner et lui pose la question : « et à part les photocopieurs, ça va ? » « Oh non !! j’ai encore passé 20 minutes ce matin à essayer de rentrer dans le parking, nos vieux badges marchent jamais. Du coup, je suis arrivée en retard pour mon entretien et je ne pouvais pas joindre big boss car il n’y avait pas de réseau…. ». Appuyez-vous sur les clients avec qui vous êtes en confiance, qui vous apprécient et qui sont prêts à prendre des risques avec vous ; surtout si ce n’est pas trop cher et qu’on met en valeur le partenariat. Si ça marche, il en gagnera la moitié des lauriers et si ça ne marche pas, il n’y aura pas consacré trop de temps ni de ressources.

Les entreprises sous-exploitent énormément leur principale ressource pour trouver des idées : leur réseau de clients. A l’image de Toys’R Us, en se contentant de mettre des peluches et des playmobils sur des étagères pendant des années, sans rien proposer d’autre on finit par fermer.

3.      Ça va tuer notre core business

Celle-là, grâce à Kodak, on l’entend peut être un peu moins… Permettez-moi quand même de revenir sur cette histoire archi connue. Beaucoup croient que Kodak a subi un raz de marée externe lié à l’invention de la photo numérique, mais ce n’est pas tout à fait exact. Une des premières entreprises qui a découvert la prise de vue numérique c’est … Kodak, dans son département RetD ! Suite à la présentation au COMEX, cette belle innovation a été mise dans un placard fermé à triple tour car ils ont eu peur d’en mourir. Malheureusement ils ont eu raison, ça les a tués alors qu’ils avaient l’opportunité d’être en avance sur les autres et de vivre encore sans doute quelques belles années. Ce n’est donc pas le numérique qui a tué Kodak mais bien le refus d’innover et de changer son business model.

Dans les 15 dernières années, 52% des entreprises du Fortune 500 ont disparu ; leur durée de vie est passée d’en moyenne 75 ans en 1955 à seulement 15 ans en 2015. Le constat est partout le même : l’économie a changé, et les organisations doivent s’adapter à l’accélération des cycles business et à la disruption généralisée des marchés.

Donc si ça va tuer votre core business , allez y, foncez, c’est sans doute qu’il est déjà moirt ! Il n’y a plus de place imprenable, les pirates sont partout. Soyez le pirate de votre propre embarcation, ne laissez pas les autres s’endormir.

4.      On est leader sur le marché

Ce type de réponse est en fait très proche de la précédente. C’est notre core business, on est les meilleurs, personne ne prendra notre place et d’ailleurs on n’en a surtout pas du tout envie.

Aujourd’hui le savoir et entrepreneuriat deviennent effroyablement accessibles:

a.       internet permet à chacun de se connecter directement à tout le monde. On n’a plus besoin d’avoir un réseau de distribution physique ou des capitaux de démarrage pour lancer un business. En gros, on n’a plus besoin de s’appeler Mulliez ou Rothschild. Personne n’est à l’abri.

b.      Le savoir par ailleurs est devenu une commodité, en faisant des recherches un peu poussées sur internet vous serez en mesure de construire une bombe nucléaire (je vous disais que personne n’est à l’abri) donc ce n’est pas parce que vous êtes aujourd’hui leader, qu’on le restera ;

Si un collègue vous fait cette objection, rappelez-lui qu’à la dernière extinction massive d’espèces ce sont les dinosaures qui ont disparu, pas les moustiques.

5.      On a déjà essayé 

Si c’est l’argument principal qui vient contrer votre envie d’innover, réjouissez-vous ! C’est le signe que vous êtes très bien parti.

D’abord parce que quelqu’un avant vous a fait au moins le même constat que vous, et a eu une idée similaire. C’est une très bonne nouvelle : vous n’êtes pas seul. Partager les constats avec certains de vos collègues, c’est déjà partager les futures solutions.

Deuxièmement vous allez pouvoir éviter les erreurs de vos prédécesseurs. A part dans le monde formidable de l’entreprise, rien ou presque ne marche du premier coup. Il n’y a qu’à observer un bébé qui veut marcher. Il va se mettre debout, retomber, faire un pas, puis deux, en s’accrochant aux murs, à vos jambes, jusqu’à ce qu’il y arrive. Le seul fait d’essayer va le muscler, l’équilibrer et c’est ce qui fait qu’il va y arriver après des centaines d’échecs. S’il renonce parce que la première fois qu’il a essayé il est tombé, il a peu de chance de marcher un jour.

Le fait d’avoir échoué ne compromet pas la réussite d’une innovation mais au contraire fait croître les chances de succès ; mais à une seule condition : que vous enquêtiez d’abord sur ces premiers essais. Comprendre qui l’a mis en œuvre, pour quels motifs et ce qui l’a fait échouer ;

C’est le début du travail under cover, lorsque vous présenterez le projet aux sponsors vous monterez que vous vous êtes documentés, que vous connaissez la boîte et que vous avez des réponses aux raisons du précédent échec.

Et quand, à votre tour, vous allez vous planter, soyez sympa, documentez cet échec pour les collègues. Partagez ! Vous montrerez que vous êtes bon perdant et ce sera de l’or en barre pour le prochain essai.

6.      Ça coute trop cher ! ça prend trop de temps !

En effet, si vous proposez de construire une fusée pour vous rendre sur Mars et que vous n’avez pas les moyens d’Elon Musk, ça risque d’être retoqué.

Mais vous en fait, vous proposez des idées simples : refondre un peu l’appli client qui est tellement ringarde et qui tourne à la vitesse d’un bulot amoureux. Vous savez qu’en tant que client ça vous rendrait fou de devoir vous en servir. Votre problème : vous n’avez aucune compétence de développement et la DSI refuse de bouger le petit doigt tant qu’il n’y aura pas un cahier des charges fonctionnel et technique de 154 pages validé par le COMEX.

Soyez agile, créatif, inventif, rappelez-vous vos jeunes années lorsque vous arriviez à faire des choses sans un rond en poche. Retrouvez la même capacité à vous débrouiller avec les moyens du bord. Un peu de photoshop, de indesign – il y a plein de tuto sur YouTube, au pire soudoyez le stagiaire en communication en l’invitant à l’apéro et le tour est joué. Vous pourrez déjà présenter 3 maquettes d’écrans et faire un tour rapidement auprès de vos clients (sans oublier de filmer leur réaction) et vous prouverez la nécessité de se renouveler !

N’oubliez pas, un prototype bricolé vaut mieux que 20 minutes de power point.

7.      Le patron ne voudra jamais

Votre N+1 vous l’a déjà dit non ? « Non, écoute, je connais Jean Marc, il n’en voudra jamais. » Paf, votre belle idée tuée dans l’œuf par un chef mal luné ce matin. Et pourquoi il n’en voudrait pas Jean Marc ? Sans doute pour un peu toutes les raisons qu’on a analysées auparavant : trop long, trop cher, trop compliqué, trop menaçant pour le business…

Mais en fait, est-ce vraiment le moment de lui poser la question ? Attendez un peu, travaillez under cover, prototypez, filmez, affinez le besoin et une fois que quelque chose de tangible sera montrable et que vous aurez fait adhérer quelques collègues et quelques clients, vous pourrez alors allez le voir.

Règle numéro 1 : choisissez le bon moment.

Règle numéro 2 : travaillez autant sur le besoin que sur la solution. A quel besoin répond votre idée ? Comment votre idée y répond elle ? S’il y a vraiment un besoin, quelqu’un va y répondre, et une fois encore il vaut mieux être le premier à tester que le premier à avoir des regrets de ne pas avoir essayé.

Voilà en quelques mots ce que je voulais partager aux innovateurs et hacktivateurs de tout poil,

En conclusion, quatre choses à retenir :

1.      Allez au moins jusqu’à un premier prototypage à bas prix ; vous n’aurez pas le regret de ne pas avoir été compris. Et puis ce sera toujours utile pour le prochain essai, car on sait tous que vous n’allez pas vous arrêter à votre premier échec

2.      Ne restez pas seuls trop longtemps, testez rapidement dans votre proche entourage, c’est le début d’une communauté de soutien et sortez du bois quand elle est constituée

3.      Ne vous laissez pas décourager si votre idée ne passe pas du premier coup et que vous êtes convaincus de tenir quelque chose, itérez, retestez mais surtout DOCUMENTEZ !

4.      Sachez AUSSI mettre le concept en off pendant quelques semaines / mois. L’idée est peut être excellente mais ce n’est peut être pas le bon moment ; ne gardez pas de rancune mais restez à l’affut de l’occasion qui vous permettra de la remettre en avant quand les conditions seront plus propices.

Le corporate hacking ne sauvera peut-être pas votre entreprise, mais il peut vous sauver !

 

L’association Les Hacktivateurs a été créée en décembre 2015 par des makers qui voulaient faire découvrir, promouvoir et encourager l’intrapreneuriat et le « Corporate Hacking » avec deux principes fondateurs : la bienveillance et l’intelligence collective.

Aujourd’hui forte de plus 180 membres réunis en plusieurs collectifs régionaux, il est évident qu’elle ne vise pas à créer une doctrine et à promouvoir un message univoque. Bien au contraire, l’association encourage le débat, la confrontation d’idées dans une intention de nourrir la réflexion et également de ressourcer ses membres qui peuvent se fatiguer des tensions qu’ils rencontrent sur leur lieu de travail.

Le post de Philippe Silberzahn “Transformation: votre entreprise ne sera pas sauvée par le corporate hacking” nous a naturellement interpellé, voici quelques réflexions qui peuvent, nous l’espérons, faire avancer le débat.

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